"L'information locale en première ligne. » Le titre de ce rapport de Reporters sans frontières (RSF) n’a jamais aussi bien collé à la réalité d’un métier que cette ONG de défense des journalistes décrit comme un « inégalable contre-pouvoir ».
Dans sa mission citoyenne « l'information locale joue un rôle fondamental dans la représentation des réalités que vivent les Françaises et les Français ». Pour le meilleur et pour le pire.
Alors que 63% d’entre eux ont encore confiance dans les médias locaux, selon le dernier baromètre La Croix Verian Group, la France vit un inéluctable rétrécissement de son maillage médiatique local. Ainsi, 109 agences locales de presse ont fermé boutiques, entre 2009 et 2019. A cela s'ajoute des « procédures bâillons », ces entraves à la liberté de l’information, régulièrement dénoncées par RSF mais aussi par l’Observatoire français des atteintes à la liberté de la presse (Ofalp) : 22 pour les quatre rédactions de Mediacités ; 15 pour StreetPress ; près de 400 pour Mediapart et une pour Splann!, que nous avons gagné sur la forme et grâce à notre ancrage régional.
Car la bonne nouvelle, c’est qu’un journalisme d’investigation indépendant résiste.
En Bretagne, comme partout ailleurs, en France. Un journalisme pratiqué par « des petits poissons qui nagent contre les requins dans un océan pollué », d’après les mots justes d’Edwy Plenel. Chez Splann!, comme chez d’autres, on parle même de journalisme d’impact. Ce journalisme ancré, dont le but premier est d’enclencher une prise de conscience de l’opinion, leur part de responsabilité chez les décideurs économiques, politiques ou judiciaires. Comme avec cette alerte que nous avons lancée le 31mars dernier.
Cette dernière se joue du côté de Glomel, dans ce Centre-Bretagne, hors radars politico-médiatiques. Elle concerne le déversement illégal de 3.500 litres de produits chimiques, à quelques encablures d’une réserve naturelle exceptionnelle qui, par ailleurs, alimente en eau potable des milliers d’habitantes et d’habitants. Elle pointe une multinationale : Imerys, ce géant minier aux 3,8 milliards d’euros de chiffre d’affaires, en 2024.
C'est David contre Goliath, à la sauce bretonne.
Et pourtant, cette alerte a immédiatement déclenché des impacts directs et concrets. D’abord, par le signalement, au titre de l’article 40 du code de procédure pénale, d’un élu d’opposition à la mairie de Glomel. Ensuite, par une reprise médiatique nationale, tous azimuts : des Échos à France Inter, en passant par l’AFP et, par ricochet, dans la quasi-totalité des titres régionaux que compte le pays. Enfin, par l’ouverture d’une enquête, dès le lendemain de sa publication, par le parquet de Saint-Brieuc, au chef d’un « déversement dans l’eau par violation manifestement délibérée d’une obligation de prudence ou de sécurité d’une substance entraînant des effets nuisibles graves et durables sur la santé, la flore ou la faune ».
Il s’agira, toujours selon le procureur, de « vérifier la réalité de la pollution dénoncée et d’en déterminer la cause éventuelle ». Magistrat qui précise, par ailleurs, que « cette infraction constitue un délit ».Sans notre média d’investigation, les Bretonnes et les Bretons mais aussi les citoyennes et citoyennes de la Drôme, de l’Ardèche ou de l’Allier, où Imerys projette d’ouvrir une mine d’extraction de lithium, n’auraient jamais rien su de cette information.
« Sans cejournalisme d’investigation,déclarait le même Edwy Plenel, de passage le 22 mars dernier à Guingamp, c'estle règne des "vérités", de la manipulation des opinions quiprévaudrait sur les faits et l’indépendance de l’information. »

Plus qu'un appel à la vigilance, cette tribune se veut être un sursaut. Celui d’une résistance médiatique et citoyenne, indispensables remparts au bon fonctionnement d’une démocratie vivante et d’une république debout face aux dangers illibéraux.