« Il m’arrive souvent de manquer les classes quand j’ai les règles parce que ma maison est loin de l’école. Je ne peux pas rentrer à la maison puis revenir à l’école à l’heure. Dans mon école, il y avait seulement un bloc de latrines remplis, sales et il y a des herbes autour. Donc, je reste dans la couche jusqu’au soir et ça sent mauvais, parfois mon Kaki est tâché et mes camarades remarquent que je suis en règles. Pour éviter que tout le monde se moque de moi, je reste à la maison jusqu’à la fin des règles.’’ Propos d’une élève deCM2
Ce témoignage est loin d’être isolé. Selon l’UNESCO, en Afrique subsaharienne, une fille sur dix manque l’école pendant ses menstruations. Cela représenterait près de 20 % du temps scolaire perdu sur une année.
Au Bénin, une enquête de la Fondation Claudine Talon indique que 15,2 % des filles interrogées ont déjà manqué les cours à cause de leurs règles, principalement en raison des douleurs et des moqueries.
« La menstruation en milieu communautaire est un sujet tabou au Bénin. De nombreuses filles qui expérimentent leurs premières menstrues sont souvent confrontées à des difficultés : elles sont souvent mal préparées, avec très peu ou pas d’informations sur ce sujet. Elles sont ignorantes des comportements et gestes adéquats à adopter lors de la survenue des menstrues. » indique l’ONG Action Education
Depuis plus de 40 ans, Action Education œuvre pour garantir une éducation de qualité à tous, en particulier aux filles les plus vulnérables. Au Bénin, son action vise à permettre aux adolescentes de vivre leurs règles dans de meilleures conditions et de poursuivre leur scolarité sans interruption.
Cela passe notamment par la distribution de serviettes hygiéniques lavables, conçues à partir de tissus disponibles localement, pour que les jeunes filles puissent ensuite apprendre à les fabriquer elles-mêmes, en toute autonomie.
L’ONG accompagne aussi les établissements scolaires pour mieux répondre aux besoins des élèves. À ce jour, 80 écoles sont déjà concernées.
Dans ces établissements, des latrines sont construites ou rénovées afin de garantir des espaces séparés pour les filles et les garçons, et des points d’eau sont progressivement installés pour améliorer l’hygiène et les conditions de vie des élèves.

En marge de l’aménagement du bâti, des « personnes ressources » sont chargées d’écouter, de conseiller et de rassurer les adolescentes sur les menstruations et la santé intime.
Choisies directement par les élèves, ces personnes de confiance peuvent être des enseignantes, des vendeuses ou encore des femmes référentes de la communauté.
Plus de 880 filles et près de 4 000 mères ont été sensibilisées à la nécessité de guider les jeunes filles dans l’appréhension de leurs règles, sans tabou.
Sur place, les équipes du programme AGIR-Bénin constatent déjà des changements : les filles parlent davantage de leurs règles, comprennent mieux leur cycle et gagnent en confiance. Dans certaines familles, le dialogue entre mères et filles s’améliore aussi.

Raymond Danton, président d’une école qui prend part au programme, témoigne :
“Les menstruations sont un processus normal dans la vie de nos filles, sœurs et mères. Et le développement ne peut se faire en leur absence vu leurs doubles rôles: éducatrice et mère. La fille d’aujourd’hui est la mère de demain. Il n’est pas nécessaire de l’isoler pendant ces règles comme le prescrit certains rîtes et coutumes. Elle peut vaquer normalement à ses occupations quotidiennes si elle est dans la capacité de les accomplir.”
Inès Kachat, enseignante au CE1 ajoute :
« Pour l ’avoir vécu, je comprends la pertinence de la mise en œuvre de ce projet, l’implication des femmes de la communauté, des enseignantes que nous sommes et l’effet positif de ces actions sur la vie des filles menstruées de l’école de Golo – Djigbé. »
Mais la gestion de l’hygiène menstruelle ne suffit pas à elle seule. C’est pourquoi Action Education associe les services sociaux communaux afin d’inscrire son action dans une démarche plus large.
Cette approche inclut notamment la lutte contre les violences basées sur le genre et le suivi scolaire des enfants.
©Action Education