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TRIBUNE | Les règles à l’école : une affaire de toutes et tous !
‍Le 28 mai marque la Journée mondiale de l’hygiène menstruelle. Cette date vise à briser les tabous et à garantir à toutes les personnes l'accès aux produits d’hygiène. Pour Action Education, c’est l'occasion de rappeler que l'hygiène menstruelle n'est pas qu'une question de santé, mais une condition essentielle d’accès à l’éducation.
May 27, 2026
Rédigé par
Action Education

Chaque mois, plus de deux milliards de personnes dans le monde ont leurs règles1. Pourtant, selon la Banque mondiale, environ 500 millions de femmes et de filles manquent des ressources nécessaires pour accéder aux protections hygiéniques. Cette « précarité menstruelle », définie par l'incapacité d'accéder aux protections, aux installations sanitaires ou à l'information, entrave leurs libertés fondamentales dès le plus jeune âge.

En France, le constat reste alarmant : une femme sur trois est confrontée à cette précarité, et quatre millions de personnes manquent de protections périodiques. Si le remboursement des protections réutilisables pour les moins de 25 ans et les distributeurs dans les universités vont dans le bon sens, cela ne suffit pas. Le mal est plus profond et touche directement la scolarité des jeunes filles, au point d'en faire un enjeu officiel de politique publique et de sensibilisation dans les établissements scolaires2.

L’impact dévastateur sur l’éducation : pourquoi les filles décrochent

©William Davies

Que ce soit en France ou ailleurs, l'arrivée des premières règles est souvent synonyme de peur et de honte, faute d'information. Sujet tabou dans de nombreuses cultures, les conséquences se mesurent directement sur les bancs de l’école :

- L'absentéisme : en Afrique subsaharienne, l’UNESCO estime qu'une fille sur dix manque l'école pendant son cycle, soit une perte de 20 % du temps scolaire annuel.

- Le manque d'infrastructures : sans latrines séparées, propres et sécurisées (avec eau et portes closes), les filles préfèrent rester chez elles pour éviter les odeurs ou les tâches sur leurs vêtements.

- La stigmatisation : au Bénin, 29 % des filles s'absentent par simple peur des moqueries de leurs camarades3.

Face à ces barrières physiques et psychologiques, les adolescentes finissent par décrocher et par abandonner définitivement l’école. Elles sont ainsi livrées à un avenir de dépendance économique et de violences basées sur le genre, telles que les mariages et grossesses précoces.

©Sylvie Hinson

Faire des règles l’affaire de toutes et tous

Action Education défend une vision où la menstruation est une responsabilité collective. Pour déconstruire les tabous et les discriminations de genre, impliquer toute la communauté, spécifiquement les garçons et les hommes, est indispensable.

À l'école, inclure les garçons dans les séances de sensibilisation réduit drastiquement la stigmatisation. Au sein des communautés, l'association organise des séances d’information et des causeries éducatives pour les mères, les enseignantes et les filles, afin que la parole soit libérée et qu’elles gagnent en confiance.

©Action Education Burkina Faso

À Madagascar, les clubs « Bandy Miabo » mobilisent des « hommes positifs » qui déconstruisent les stéréotypes sexistes. Le rôle des pères est tout aussi crucial pour lutter contre l'isolement des filles, comme le rappelle Raymond DANTON, président d’une association de parents d’élèves au Bénin : « Les menstruations sont un processus normal. Il n’est pas nécessaire de les isoler. Chaque fille peut vaquer normalement à ses occupations si elle est en capacité de les accomplir.»

Des solutions concrètes ancrées sur le terrain

Sur le terrain, nos équipes déploient des programmes adaptés pour que les règles ne soient plus un obstacle à l'avenir des filles.

Au Bénin, le projet AGIR a formé 128 « personnes ressources » (parents, professeurs) pour accompagner les adolescentes. Des « causeries » régulières brisent le silence en milieu rural, et la distribution de kits de serviettes réutilisables permet aux élèves de gagner en  confiance. «Je suis maintenant plus à l’aise, confie une élève de CM2. Si l’une d’entre nous a ses règles à l’école, nous n’avons plus peur ni honte parce que la maîtresse nous aide. »

Au Burkina Faso, on estime que près de la moitié des filles décrochent et abandonnent leurs études dès le collège. Alors que 76,3 % des filles achèvent le primaire, seuls 46 %des filles achèvent le premier cycle secondaire (collège), contre 56,8 % des garçons(UNESCO, 2025). L’écart se creuse encore davantage au lycée avec le risque croissant de mariages et grossesses précoces.

Actuellement déployé, le projet SCOLFILLE Post Primaire agit dans la province du Ziro, où la poursuite des études dans le secondaire se heurte aux freins liés à l’insécurité des filles sur le chemin de l’école (éloignement des établissements), au poids des réalités socio-culturelles (mariages et grossesses précoces), et aux violences basées sur le genre… Afin de surmonter ces obstacles, les équipes d’Action Education ont proposé des solutions concrètes : dotation de vélos pour sécuriser les trajets de plus de 10 km, formation à la confection de serviettes en pagne local comme alternative aux protections périodiques jetables, et réhabilitation de blocs sanitaires sécurisés. Ces initiatives prouvent que lever les barrières matérielles redonne aux filles le pouvoir d'apprendre.

L’urgence d’agir pour l’hygiène menstruelle

Mettre fin à la précarité menstruelle est une urgence politique et budgétaire. Source de discriminations, d’inégalités et de violences basées sur le genre, l’écoulement périodique vécu par près d’un quart de la population mondiale doit donner lieu à des mesures de protection et d’accessibilité :

- Rendre les protections hygiéniques abordables,

- Investir dans des infrastructures sûres,

- Garantir l’accès aux droits, à l’autonomie et à la confiance en soi des filles et des femmes.

A travers ces actions, nous construisons une société où chaque fille et chaque femme peut réaliser son potentiel, sans crainte ni honte. Parce que l'éducation ne peut pas attendre, et les règles encore moins.

Soutenons ensemble l'accès aux droits des filles et des femmes dans le monde.

Cette tribune est signée par Action Education, qui s’engage autour de plusieurs thématiques en faveur de l’éducation dans le monde.

1 ONU Femmes, La précarité menstruelle coûte trop cher : agissez pour y mettre fin (2024).

2 Ministère chargé de l'Égalité entre les femmes et les hommes, Journée mondiale de l'hygiène menstruelle (2025).

3 Fondation Claudine Talon, Gestion de l’hygiène menstruelle en milieu scolaire (2025).

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