Chercher à lever les obstacles juridiques sans renier l’esprit de la lettre, ainsi pourraient résumer les plus de 130 associations et organisations écologistes et syndicales mobilisées contre le nouveau texte présenté le 2 février dernier par les sénateurs Laurent Duplomb et Franck Menonville.
Le projet de réintroduction des deux pesticides figurait déjà dans la loi Duplomb initiale, présentée en 2025. Il avait été retoqué par le Conseil constitutionnel le 7 août 2025, au nom de la Charte de l’environnement, qui a valeur constitutionnelle. À peine six mois plus tard, le projet revient donc, sous forme d’amendements au projet de loi d’urgence agricole annoncé par le Premier ministre en janvier 2026.
La nouvelle version conserve l’objectif d’introduction des pesticides, avec un encadrement renforcé : durée limitée, conditions d’usage plus strictes et justification économique et sanitaire plus détaillée. Objectif : rendre juridiquement recevable une mesure précédemment jugée incompatible avec les exigences constitutionnelles.
Jusqu’à présent interdits en France, l’acétamipride et le flupyradifurone pourraient être utilisés sur des cultures telles que la betterave sucrière, la noisette ou la cerise si le texte était adopté. Pour les opposants au texte, cette réintroduction répond avant tout aux intérêts de certains acteurs de l’agriculture industrielle et conforte un modèle agricole fortement dépendant des intrants chimiques.
"De ombreuses mesures soi-disant “en réponse aux mobilisations” ont été annoncées par le gouvernement ces dernières semaines. Il est essentiel d’en informer l’ensemble des citoyennes et citoyens et de s’y opposer fermement » alertent de nombreuses associations parmi lesquelles la FNE, la LPO, Terre de Liens, Notre Affaire à tous, Eaux et rivières de Bretagne, Bio Consom'acteurs et Welfarm*
La Fondation pour la Nature et l'Homme, qui défend les pistes d’une agriculture sans pesticides, rappelle que « Les effets négatifs de l'utilisation des pesticides sont largement documentés par les scientifiques. Ces effets concernent d’abord les agriculteurs eux-mêmes, qui voient le risque de développer certaines maladies graves augmenter, suite à leur exposition répétée à ces substances de synthèse. Ils concernent également la santé des consommateurs, les pesticides étant fortement présents dans l’air que nous respirons, dans nos sols et donc dans notre nourriture et l’eau que nous consommons. L’utilisation de pesticides de synthèse est également reconnue comme étant l'un des facteurs principaux expliquant l'effondrement de la biodiversité et notamment des inscectes pollinistaeurs, dont notre production agricole dépend fortement."
Sans faire exception, l’acétamipride et le flupyradifurone, dont « Duplomb 2 » prévoit l’introduction, sont deux insecticides systémiques qui agissent sur les récepteurs nicotiniques des insectes. De nombreuses études scientifiques montrent qu’ils présentent des risques avérés pour les pollinisateurs et la biodiversité, tandis que des incertitudes persistent sur leurs effets chroniques et cumulés.
L’acétamipride, bien qu’encore autorisé au niveau européen, est associé à des effets neurotoxiques potentiels et à des impacts significatifs sur les abeilles et les insectes non ciblés, ce qui a du reste conduit l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) à demander des données complémentaires. Le doute n’est pas levé.
Le flupyradifurone, présenté comme une alternative « plus sûre », a également montré des effets sublétaux (qui ne causent pas la mort immédiate) préoccupants chez les abeilles, affectant leur survie, leur comportement et leurs capacités de vol, ainsi que des impacts sur la faune du sol et les auxiliaires agricoles.
"De nombreuses données sanitaires montrent un lien alarmant avec la multiplication des pathologies, notamment l’épidémie de cancers et l’émergence de maladies neurodégénératives fortement aggravées par la multi exposition aux pesticides, dont les paysans et paysannes sont les premières victimes, et autres substances toxiques. » indiquent un collectif de plus de 80 associations, syndicats paysans et scientifique dans une Tribune commune*
Même si « Duplomb 2 » était adopté, le texte resterait susceptible d’un nouveau contrôle par le Conseil Constitutionnel.
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* Les signataires de la Tribune « Non à la loi Duplomb, et non à une Duplomb 2 ! » parue en exclusivité sur le média d’écologie « Vert », classés par typologies d’acteurs :
Les associations environnementales et de protection de la nature / biodiversité : France Nature Environnement (FNE), FNE-Île-de-France, FNE 81 – Union de protection de la nature et l’environnement du Tarn (Upnet), FNE Occitanie Méditerranée, FNE Occitanie Pyrénées, WWF, Ligue de protection des oiseaux (LPO) France, LPO Loire-Atlantique, Pollinis, Eau et rivières de Bretagne, Terre de liens, Terre de liens Île-de-France, Miramap, Viv Armor Nature, Nature En Occitanie (NEO), Arthropologia, Collectif pour la sauvegarde de la nature et de l’agriculture paysanne en Périgord, ADDCI-Association pour le développement durable du causse de l’Isle, Association Serre Vivante, VRAC France, Terre d’abeilles, Quatre pattes, Welfarm, CIWF France
Les associations et collectifs de santé / victimes /lutte contre pesticides : Cancer Colère, Cancer Colère 33, Alerte desmédecins sur les pesticides (AMLP), Collectif de soutien aux victimes des pesticides de l’Ouest, Secrets toxiques, Alerte pesticides, Collectif des ouvriers agricoles et de leurs ayants droit empoisonnés par les pesticides(Coaadep), Alliance santé planétaire
Les collectifs citoyens et mouvements de mobilisation sociale / écologistes : Collectif Nourrir, Nous voulons des coquelicots, Coquelicotsde Paris, Nous voulons des coquelicots-Mouans-Sartoux, Nous voulons des coquelicots Saint-Gilles, Nous voulons des coquelicots Val de Saône Beaujolais,Nous voulons des coquelicots Châtellerault, Le collectif Bassines non merci 79,Bassines non merci Aume Couture, Comité local des Soulèvements de la Terre-Loire (49), Les Pyrénées re-belles (64), Collectif des salamandres des terresfo, Collectif climat pays d’Aix, Attac France et Exctinction Rebellion France
Les Associations de consommateurs / protection alimentaire : Food Watch, « Consommateurs, pas cobayes ! », Bio Consom’acteurs, Bio consom’acteurs Réunion
Les organisations paysannes et agricoles : Confédération paysanne, Les Ami·e·s de la Confédération paysanne, Confédération paysanne Nouvelle Aquitaine, Confédération paysanne du Tarn, MRJC – Mouvement rural de jeunesse chrétienne, Fédération des paysans-herboristes, ISF Agrista, Réseau Civam, Foll’avoine, Agribio Var et Amap de Libre Terre
Les syndicats et organisations professionnelles : CGT-Confédération générale du travail, Union syndicale Solidaires, FSU-Fédération syndicale unitaire, Snetap-FSU et SUD recherche
Les experts et scientifiques individuels : MarcBillaud, directeur de recherche émérite au CNRS, Pierre Sujobert, professeur d’hématologie, Élise Bordet, ingénieure agronome, chercheuse et vulgarisatrice