Environnement
Incendies, canicules et sécheresses : la sagesse des rivières sauvages
Une rivière qui conserve son fonctionnement naturel peut mieux résister aux sécheresses, préserver la biodiversité et même faire barrage aux incendies. Une forme de sagesse du vivant que les dernières rivières sauvages donnent encore à voir. À l’occasion de la Journée Mondiale des Rivières, Lilo publie le témoignage de l’association Rivières Sauvages, qui préserve ces cours d’eau devenus rarissimes : ils ne représenteraient plus que 1 % du linéaire des cours d’eau en France.
September 27, 2026
Rédigé par
Emmanuel Génier, Lucie Galland et Hélène Lecomte

Après plusieurs mois de températures extrêmes et de déficit pluviométrique en France, l’état de très nombreuses rivières est inquiétant*. Quelques-unes ont cependant mieux résisté que d’autres, ce sont celles qui ont conservé leur naturalité d’origine. De nombreux acteurs, réunis au sein du Réseau des Rivières Sauvages, se mobilisent depuis des années afin de préserver ces ilots de fraîcheur, agréables pour l’humain mais surtout indispensables au maintien d’une biodiversité animale et végétale.

Il est maintenant impossible d’ignorer que nous allons revivre régulièrement des épisodes de canicule comme ceux de cet été, peut-être entrecoupés d’automne et d’hiver très pluvieux mais qui ne permettront cependant pas de résoudre les sécheresses estivales. Les conséquences de ce changement climatique sont déjà et seront exacerbées là où les milieux naturels ont été bouleversés par les activités humaines.

L’exemple des incendies des Landes est parlant. Ce territoire comptait à l’origine denombreux marais que l’on a drainé pour étendre les plantations de pins : ces forêts « allumettes », associés à de nombreux fossés qui évacuent rapidement l’eau l’hiver et sont à sec l’été, accélérant la propagation des feux. À l’inverse, lors de l’incendie d’août 2022, c’est la Leyre (photo ronde), labellisée Site Rivières Sauvages, qui avait arrêté le feu sur 6 km grâce à sa forêt galerie, composée de feuillus, et restée humide !

Au-delà de ces risques d’incendie, c’est aujourd’hui la ressource en eau qui est menacée. Le dérèglement climatique menace certains ruisseaux qui alimentent les plus grandes rivières, même dans des régions jusqu’à maintenant peu sujettes à ces phénomènes. Par exemple, la disparition programmée des glaciers sonne à terme le glas de ces sources d’eau fraîche d’où naissent un grand nombre de nos rivières alpines.

Le constatest alarmant, mais tout n’est pas perdu car la nature est résiliente. Les rivières sauvages, comme les zones humides, les forêts alluviales ou les sols vivants, jouent un rôle essentiel pour rafraîchir les territoires, stocker l'eau, préserver la biodiversité, et ainsi limiter les effets des épisodes climatiques extrêmes.

Le Léguer, dans les Côtes d'Armor, fait partie des rivières labellisée Rivières Sauvages

Des rivières protectrices quand elles ne sont pas altérées et asséchées

Depuis 2000, la Directive cadre européenne pour l’Eau oblige les Etats à restaurer leurs rivières avec pour objectif l’atteinte du bon état écologique. Partout en France, des tronçons de cours d’eau retrouvent leur espace, leur liberté et un fonctionnement plus naturel. Ces travaux permettent notamment de ralentir le cycle de l’eau, une meilleure infiltration des ruissellements et ainsi de lutter tout à la fois contre les sécheresses et les inondations.

Mais il est toujours plus simple, plus efficace et moins couteux de prévenir que de guérir ! C’est pour préserver le 1 % des cours d’eau français encore à l’état naturel que le programme Rivières Sauvages a été créé, il y a plus de 15 ans.

Avec le Réseau des Rivières Sauvages, des collectivités, des gestionnaires de bassins versants, des associations, des scientifiques et des citoyens agissent pour identifier, préserver et valoriser ces rivières restées sauvages. L’enjeu est de mettre en avant et de sauvegarder les nombreux services qu’elles rendent à l’ensemble des êtres vivants humains et non humain.

C’est le message fort que nous souhaitons porter à l’occasion de cette Journée Mondiale des Rivières.

Ce témoignage est porté par Emmanuel Génier et Lucie Galland, respectivement coordinateur du programme Rivières Sauvages et chargée de mission au sein de l’association.

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*Voir les données de l’Observatoire national des étiages qui recense les étiages estivaux, c’est-à-dire les périodes pendant l’été où les cours d’eau atteignent leurs plus bas niveaux.

©PNRLG ©Samuel Jouon

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