Les records de chaleur et leurs conséquences immédiates retiennent naturellement l'attention. Mais ces épisodes extrêmes soulèvent aussi une autre question : comment percevons-nous les transformations du monde vivant au fil du temps ?
C'est cette réflexion que propose l'ONG Bloom dans un nouveau film consacré au « shifting baseline syndrome », ou syndrome du glissement des références, un concept développé par le biologiste Daniel Pauly.
Le syndrome du glissement des références décrit un phénomène aussi simple (en apparence) que profond : chaque génération considère comme normal l'état de la nature qu'elle a connu dans sa jeunesse, sans toujours mesurer l'ampleur des changements intervenus auparavant.
À mesure que les paysages, les océans ou les écosystèmes se transforment, nous prenons comme point de référence un environnement déjà appauvri. Cette forme d'amnésie environnementale peut progressivement rendre invisibles les pertes de biodiversité et modifier notre perception de ce qu'il est possible, ou souhaitable, de préserver.
Pour Daniel Pauly, cette mémoire collective qui s'efface explique en partie pourquoi l'érosion du vivant peut sembler moins spectaculaire qu'elle ne l'est réellement.
Ce film invite à renouer avec une mémoire plus longue. Témoignages, souvenirs et connaissances scientifiques se croisent pour reconstruire une image plus fidèle de la richesse passée des océans et des écosystèmes.
L'objectif n'est pas de cultiver la nostalgie, mais de mieux comprendre ce qui a été perdu afin de définir des ambitions de préservation à la hauteur des enjeux actuels.
Le film met également en lumière la rapidité des transformations à l'œuvre dans les milieux marins, particulièrement sensibles au réchauffement climatique et aux pressions exercées par les activités humaines.
Porté par l'ONG Bloom, qui agit depuis plus de vingt ans pour la protection des océans et de la biodiversité marine, ce documentaire de 25 minutes a été réalisé avec le soutien de l'association Le Poids du Vivant, engagée dans le financement de projets en faveur de la biodiversité. La production du film a été confiée à A4 Studios. Une œuvre qui pourrait bien faire date dans la manière d’aborder notre rapport au vivant.