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"Victoire en justice contre les lobbies de la pêche destructrice", la lettre ouverte de Claire Nouvian, Fondatrice de Bloom
Un an après le vandalisme de son domicile et une campagne de harcèlement qu'elle relie à son combat contre la pêche industrielle, Claire Nouvian annonce une victoire judiciaire majeure pour BLOOM, l'ONG de protection des océans qu'elle a fondée. La justice a rejeté une procédure que l'association qualifie de « procès-bâillon », engagée par des représentants du secteur de la pêche à la suite de sa campagne contre le chalutage dans les aires marines protégées. Pour Claire Nouvian, cette décision réaffirme la liberté d'expression des lanceurs d'alerte, valide les données scientifiques mobilisées par l'ONG et constitue un revers pour les défenseurs de la pêche destructrice. Lilo publie sa lettre ouverte.
June 5, 2026
Rédigé par
Claire Nouvian

Il y a un an, le 4 juin 2025, en pleine campagne contre les activités  destructrices autorisées par l’État français au sein des aires marines dites  "protégées", ma fille et moi découvrions au réveil que des  malfaiteurs s’étaient introduits dans la nuit à notre domicile pour le vandaliser, pour m’insulter et nous terroriser. 

Cet acte malveillant s’inscrivait dans une vaste campagne de harcélement : raids en ligne,  sites diffamatoires, usurpation, insultes, intimidation physique et  psychologique, sabotages…

Aujourd’hui, nous  avons une immense victoire à partager avec vous : nous avons gagné en justice  contre l’un de ces actes malveillants !

Mercredi 3 juin,  les défenseurs de la pêche destructrice, qui avaient coordonné contre nous  une procédure-bâillon destinée à nous réduire au silence, ont perdu leur  procès honteux !

Un  "procès-bâillon", c’est un usage abusif des procédures pour faire  taire les critiques et empêcher les contre-pouvoirs de lancer des alertes et  de dénoncer les destructions commises par des individus ou des secteurs  néfastes.

Cette tentative  d’instrumentalisation de la justice avait été coordonnée sous l’impulsion du  Comité national des pêches maritimes : le fameux "Comité  national" que vous identifiez sans doute mieux depuis la sortie de notre  rapport "Les Oligarques de la mer".

L’enjeu était d’une  importance capitale : en l’absence de volonté de l’État d’interdire le  chalutage dans les aires marines supposément "protégées", BLOOM  avait appelé la grande distribution en 2025 à prendre ses responsabilités et à cesser  de s’approvisionner en poisson provenant des navires utilisant l’une des  méthodes de pêche les plus destructrices pour les animaux et les écosystèmes  marins : le chalutage. Nous avions pour cela dressé la "liste  rouge" des chalutiers opérant dans les aires marines dites "protégées".

Cela avait déplu  aux défenseurs du statu quo et des intérêts industriels qui avaient déployé  une opération "totale" de dénigrement de BLOOM dont la stratégie,  la sophistication et le professionnalisme, totalement inhabituels pour les  lobbies de la pêche, laissent penser que des agences spécialisées en  "campagnes négatives" l’ont coordonnée.

La  procédure-bâillon contre nous était l’un de ces dispositifs ignobles et  malhonnêtes visant à atteindre à notre réputation et même à nous mettre à  terre :  le Comité national et le Comité régional des pêches de Bretagne, notamment,  réclamaient la condamnation de BLOOM au paiement d’une somme outrancière de  plus d’un million d’euros au titre de "préjudices moraux"  fantasmés…

Le tribunal  judiciaire de Paris les a déboutés de toutes leurs accusations et pour finir,  ce sont eux qui devront rembourser nos frais de justice !

Notre victoire est  un revers important pour les personnes mal intentionnées qui ont orchestré  cette manœuvre judiciaire contre nous, mais c’est aussi une victoire majeure  pour tous les défenseurs de l’environnement, pour l’État de droit et la  science, car le tribunal judiciaire de Paris a rendu un jugement  consacrant la liberté d’expression et la possibilité pour les citoyens  œuvrant pour l’intérêt général de s’opposer aux activités destructrices,  qu’il s’agisse de chalutage ravageant les aires marines dites  "protégées" ou de tout autre sujet méritant notre mobilisation et  notre attention citoyenne.

Par ailleurs, mais  c’est important de le souligner, ce que les lobbies des pêches  destructrices visaient à travers cette procédure-bâillon, c’était aussi  d’attaquer le sérieux de nos travaux scientifiques. Ce faisant, ils remettaient en cause toute la communauté de chercheurs engagée à analyser les  actions des navires de pêche à travers le monde, car toutes et tous autant  que nous sommes, nous avons recours au même outil, le seul outil disponible  en l’absence de transparence des flottes de pêche, qui permet d’évaluer leurs  activités en mer : Global Fishing Watch.

Le tribunal a écarté toutes les accusations portées contre la méthode et les données publiques utilisées par BLOOM.

La charge des lobbies industriels contre la science a échoué.

La justice nous a donné raison et a coupé net leur tentative d’instaurer, par la peur, le règne  du silence et de l’opacité.

Pour la première fois en vingt ans de combats, BLOOM a eu à se justifier devant la justice.  Cela nous a pris du temps et de l’énergie : c’est ce que les lobbies  voulaient. Notre équipe juridique et nos avocats ont été une fois de plus  formidables et notre équipe soudée face aux attaques.

Nous sommes en  première ligne, mais nous savons très bien que vous n’êtes pas loin derrière, prêts à bondir pour nous soutenir, et croyez-moi, cela change tout.

Notre ambition sort  renforcée de cette victoire judiciaire mais notre plan d’action pour en finir, une fois pour toutes, avec les activités destructrices qui mettent en péril l’habitabilité du monde va nous exposer, d’ici quelques semaines, à un  déchaînement des forces néfastes et destructrices.

Nous avons besoin  de vous pour affronter la tempête qui vient.

Claire Nouvian, Fondatrice de l'ONG BLOOM, Prix Goldman de l'environnement 2018

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