Société
Cause animale
Transport de veaux non sevrés : les associations alertent l’opinion et appellent à la mobilisation
Alors que débute la haute saison des exportations, des milliers de veaux non sevrés quittent l’Irlande pour l’Europe continentale à bord de trajets éprouvants pouvant durer jusqu’à 50 heures. Ces transports suscitent l’inquiétude des ONG de protection animale, qui dénoncent des pratiques contraires à la législation européenne sur le bien-être des animaux et appellent les citoyens à se mobiliser pour exiger l’arrêt des exportations d’animaux vivants non sevrés.
February 10, 2026
Rédigé par
Hélène Lecomte

Des trajets qui peuvent durer jusqu'à 50 heures

Le mois de février marque traditionnellement le début de la période de pointe pour l’exportation de veaux non sevrés. Ces animaux, particulièrement vulnérables, sont transportés en nombre croissant depuis l’Irlande vers la France par ferry, avant d’être acheminés par la route vers des pays comme les Pays-Bas, l’Espagne ou la Pologne.

Au total, certains trajets peuvent durer jusqu’à 50 heures. Pour les ONG de protection animale, l’inaction des compagnies maritimes à ce moment clé du calendrier signifie que des milliers de veaux continueront d’être transportés dans des conditions qualifiées d’« ignobles ». La transport des veaux non sevrés (ou veaux nourrissons) a notamment fait l’objet d’une enquête de fond menée par l’association L214 (attention, certaines images peuvent heurter la sensibilité).

Des trajets jugés illégaux au regard du droit européen

La compagnie Brittany Ferries, qui transporterait depuis plus d’un an des dizaines de milliers de veaux non sevrés à bord de ses navires, se retrouve dans le collimateur de plusieurs associations de protection animale, dont Compassion in World Farming (CIWF)France et Welfarm.  Selon ces organisations, certains animaux resteraient parfois plus de 18 heures sans être nourris à leur arrivée en France, ce qui constituerait une violation du règlement européen encadrant le transport des animaux vivants.

Lors de réunions avec les ONG, Brittany Ferries aurait reconnu que ces trajets enfreignent la législation européenne, tout en décidant de poursuivre cette activité, précise CIWF France. Les associations dénoncent cette décision, qu’elles jugent à la fois évitable et révélatrice d’une souffrance animale systémique.

"Brittany Ferries est dans une position critique. En transportant des veaux non sevrés privés de nourriture pendant plus de 18 heures, l’entreprise enfreint la législation européenne sur le bien-être animal — et elle le sait. » réagit Charlotte Reid, directrice adjointe des campagnes pour CIWF International

Alerter l'opinion publique pour l'inviter à se mobiliser

Dans ce contexte, les associations alertent le grand public et encouragent chacun à agir. CIWF propose ainsi d’envoyer, en deux clics et depuis son site, un mail pré-rédigé à Brittany Ferries pour exiger l’arrêt du transport d’animaux vivants.

"Les clients ne souhaitent pas voyager sur des ferries où de jeunes veaux vulnérables souffrent. Les citoyens européens, les experts et les ONG sont unanimes : les veaux ne sont pas des marchandises", indique Charlotte Reid.

À partir de la semaine prochaine, une campagne coordonnée sur les réseaux sociaux à l'échelle européenne, notamment soutenue par l’association OABA, entend alerter l’opinion publique sur les conditions de transport des animaux vivants et encourager les citoyens à agir.

Cette stratégie s’appuie sur une opinion publique largement défavorable à ces pratiques : selon un sondage* réalisé en janvier 2026 dans neuf États membres de l’Union européenne, 83 % des citoyens européens — et 82 % des Français — se disent préoccupés par le transport de très jeunes animaux non sevrés. En France, 86 % des personnes interrogées estiment que ces animaux ne devraient pas être transportés sur de longues distances.

Une réglementation jugée dépassée

Les associations mobilisées jugent le règlement européen (CE) n°1/2005 sur la protection des animaux pendant le transport et les opérations annexes dépassé et trop permissif pour les animaux vulnérables. Selon elles, le texte ne reflète ni les connaissances scientifiques actuelles ni les attentes de la société européenne en matière de bien‑être animal.

Le règlement, qui date de 2005, n’a pas été substantiellement modernisé malgré les avancées en matière de bien-être animal. Bien qu’un processus de révision soit en cours, CIWF, Welfarm et The European Livestock Voice dénoncent la lenteur des avancées et les lacunes dans l’application des règles existantes.

 *Live animal transport: EU citizens demand strong reform (Les citoyens européens veulent une réforme ambitieuse du transport d’animaux vivants), enquête réalisée par Savanta auprès de 8 531 personnes adultes, entre octobre et novembre 2025, en Belgique, à Chypre, en France, en Irlande, en Italie, en Pologne, au Portugal, en Roumanie et en Espagne.

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