Contrairement aux marées noires, aux déchets plastiques ou à la pollution chimique, la pollution sonore sous-marine reste largement méconnue : seuls 14 % des Européens l'identifient spontanément comme une menace pour la biodiversité marine. C'est ce que révèle la nouvelle étude « Enquête européenne sur le bruit marin », réalisée par IPSOS BVA pour le Fonds international pour la protection des animaux (IFAW).
Pourtant, les océans sont loin d'être silencieux. Le trafic maritime produit un bruit continu qui se propage sur de longues distances sous l'eau. Un fléau pour de nombreuses espèces marines, notamment les baleines, les dauphins, les phoques et certains poissons, qui dépendent du son pour communiquer, s'orienter, trouver leur nourriture ou détecter les dangers.
Depuis plusieurs années, les scientifiques alertent sur les conséquences de cette pollution invisible, à laquelle s'ajoute d'autres fléaux liés aux activités humaines, notamment les collisions avec les navires, qui provoquent chaque année de nombreuses blessures et mortalités chez les cétacés.

La nouvelle étude sur la pollution sonore menée par IPSOS BVA pour IFAW révèle un résultat frappant : une fois les impacts de la pollution sonore expliqués au grand public, les réactions changent radicalement.
En France, 89 % des répondants estiment ainsi que le problème doit être traité de toute urgence. Une prise de conscience qui se traduit par un soutien massif à des mesures concrètes. Plus de 91 % des Français se déclarent favorables à une réduction de la vitesse des navires afin de diminuer le bruit sous-marin. Une large majorité (81 %) souhaite même que cette mesure soit rendue obligatoire par la réglementation.
Autre enseignement de l'étude :les citoyens semblent disposés à accepter certaines contraintes pour mieux protéger les océans.
Près de huit Français sur dix (78%) accepteraient par exemple des délais de livraison légèrement plus longs si cela contribuait à réduire les nuisances sonores pour les animaux marins.
Pour le Fonds international pour la protection des animaux (IFAW), ces résultats montrent que la sensibilisation du public à un phénomène encore largement méconnu constitue un défi majeur.
« La pollution sonore sous-marine est une menace invisible, mais bien réelle, pour la biodiversité marine. Ce sondage montre que les citoyens français mais aussi européens soutiennent fortement les mesures visant à réduire la vitesse des navires et sont même prêts à accepter des délais de livraison légèrement plus longs pour mieux protéger les baleines et les autres animaux marins », réagit Aurore Morin, chargée de campagne Conservation marine chez IFAW.
Cette enquête intervient alors que l'Union européenne renforce ses politiques de protection des océans et révise la Directive-cadre Stratégie pour le milieu marin (DCSMM), qui vise à atteindre un « bon état écologique » des mers européennes.
Ce cadre n'a pas permis d'atteindre ses objectifs en 2020, en particulier en matière de réduction de la pollution sonore sous-marine, alerte IFAW. Pour l’ONG, une meilleure information du public permettrait de faciliter l'adoption de mesures simples, comme la réduction de la vitesse des navires.
Dans ce contexte, la Commission européenne a lancé une consultation publique sur son futur « Pacte pour l'océan », dont l'adoption est prévue en 2026. De nombreuses ONG, comme IFAW, Bloom ou encore Surfrider Foundation Europe, que vous pouvez soutenir avec vos gouttes d’eau, ont pris part à cette consultation. Leurs préconisations et réactions sont rendues publiques (voir les contributions).
Les citoyens peuvent y participer en remplissant un questionnaire en ligne sur le site de la Commission européenne, avant le 16 juillet 2026 minuit (heure de Bruxelles).
©IFAW
*L’enquête a été réalisée du 11au 26 février 2026 dans cinq pays européens (France, Allemagne, Pays-Bas, Espagne et Suède) auprès d’échantillons représentatifs de 1 000 répondants âgés de 18 ans et plus dans chaque pays. Découvrez les résultats de l’enquête, pour apprécier plus en détails les disparités par pays (en anglais).